Le Palais du Commerce, Galerie plus si Marchande

On ne peut pas dire que Paris soit une source inépuisable d’architecture art déco. Par conséquent, quand un immeuble du style émerge entre deux immeubles haussmanniens ou rambutéens, il ne passe pas inaperçu. A titre d’exemple, la construction du 105 de la rue du Faubourg du Temple attire le regard. Galerie couverte et plus ou moins marchande, on y lit une inscription sur le fronton : « Palais du Commerce ».

Si commerces toujours il y a au rez-de-chaussée, les étages supérieurs abritent à présent de jeunes entreprises. Et ceux qui se fieront aux pancartes se verront même l’accès interdit à partir du 1er étage. Notez simplement que cette galerie a été construite par un certain architecte Ferdinand Bauguil entre 1923 et 1924. Elle a abrité des commerces et des ateliers qui furent en partie abandonnés avant que le bâtiment ne soit réhabilité par un certain bienfaiteur – entrepreneur au nom qui ne vous évoquera rien.

La chose s’élève sur deux étages, ceints par des coursives intérieures. Comme le veut le style, l’immeuble est orné de vitraux qui laissent entrer la lumière et d’une ferronnerie aux motifs géométriques. Ce qui en résumé, en fait un bâtiment assez aérien et aéré. Si vous passez par ici (entre République et Belleville donc), n’hésitez pas à braver la pancarte pour faire un petit tour du propriétaire.

La note bonus de Panckoucke : Il paraîtrait, selon les dires d’un vieux singe instruit, qu’au sous-sol, la Java, bal musette, aurait vu débuter une certaine Edith Piaf.

La Petite Ceinture : de la Porte Dorée aux Buttes Chaumont

Parmi les voies parisiennes, la villa du Bel Air n’est sans doute pas la plus fameuse ni la plus pittoresque. A quelques encablures du  métro Bel Air, ligne 6, dans le 12ème, cette rue confidentielle a pourtant le mérite de nous offrir un accès très simple à la Petite Ceinture, plus simplement appelée « PC ».

« Autrefois voie ferrée périphérique de Paris, la PC est aujourd’hui laissée à l’abandon et interrompue en plusieurs endroits » explique C-J Panckoucke. « Mise en fonction en 1862, fermée au transport de voyageurs en 1934, puis de marchandises dans les années 90, la PC est le premier chemin de fer urbain qu’ait connu Paris » ajoute-t-il.

Pour visiter le tronçon Est de cet ouvrage historique, rendez-vous donc à la villa du Bel Air, via le sentier de la Lieutenance, et, moyennant un peu de souplesse, franchissez la barrière à l’endroit où l’exercice est le plus aisée (la partie la plus au sud). Prenez à droite, vers le nord, et préparez vous à au moins une heure et demi de marche ! Dans des conditions peu aisées. Le revêtement en graviers grossiers fait mal aux pieds et les planches des rails sont trop rapprochées pour permettre une marche naturelle. Vous voilà donc prévenus.

Au-delà de ces aspects techniques, la balade vaut irrémédiablement le coup. En hauteur, la voie nous propose tout d’abord quelques points de vue intéressants sur les rues et les toits parisiens. La promenade est bordée de végétation laissée libre ce qui lui donne un aspect, osons le mot, bucolique. Régulièrement, on est amenés à traverser quelques ponts métalliques qui ne sont plus tout jeunes (même si je doute qu’ils datent réellement du XIXème siècle). Panckoucke conseille d’éviter de traverser sur la taule qui par endroit est vermoulue. Cantonnez-vous à marcher le long des poutrelles d’acier qui, elles, ne risquent pas de céder.

Autrement, sur le chemin, on passe à côté d’un ancien quai consciencieusement tagué ou bien de bâtiments abandonnés et manifestement habités (j’entends de manière salubre). C’est que la PC n’est pas tout à fait vide de monde. Grapheurs, SDF et promeneurs fréquentent l’endroit, et plus particulièrement le samedi. Une fois passé le quai, on passe juste en dessous de la Flèche d’Or avant d’arriver devant le clou du spectacle : un tunnel de plus d’un kilomètre de long ! Autant dire qu’il vaut mieux ne pas avoir peur du noir. Ni des détritus car la galerie est un véritable dépotoir. On distingue des entassements de ferraille emmêlée, des matelas et toutes sortes de mobiliers pourris. S’il fait beau, le chemin est praticable sans lampe car l’obscurité n’est pas totale. Mieux vaut tout de même en avoir une à disposition.

Après ce premier tunnel, préparez-vous à en traverser un deuxième légèrement plus court qui débouchera dans le parc des Buttes Chaumont. Une cinquantaine de mètres après la sortie, sur la gauche, le grillage est découpé et permet de rejoindre l’extérieur en toute simplicité. Le belvédère du parc sera sans doute votre première vision du monde réel. Savourez ensuite le plaisir de connaître quelque chose que les passants ignorent.

La note bonus de Panckoucke : Plus au nord encore, la PC aboutit et s’interrompt au niveau d’entrepôts toujours utilisés.

L’autre note bonus de Panckoucke : L’association pour la protection de la Petite Ceinture de Paris propose une visite de la voie le samedi 18 septembre. Plus d’infos ici : Clic!

Un conseil de Sages au sommet du Centre Michelet

Ses briques rouges et ses formes à la fois massives et aériennes ne passent pas inaperçues. Si d’aventure vous remontiez l’avenue de l’Observatoire en sortant du parc du Luxembourg, vous ne rateriez sans doute pas l’Institut d’Art et d’Archéologie. Plus communément appelé « Michelet » par les étudiants, le bâtiment réunit les universités Paris I et Paris IV dans les domaines principaux de l’Histoire de l’art et de l’archéologie.

Si vous avez un peu de temps à tuer, n’hésitez surtout pas à y entrer, et même à visiter, car les allées et venues ne sont absolument pas contrôlées. Ne vous laissez pas intimider par l’aspect luxueux du hall et de la bibliothèque centrale. Le reste se montre plus brouillon, caverneux, et même légèrement mystérieux sur les bords. L’escalier principal et les couloirs du bâtiment sont constellés de statues et de bas-reliefs. Malgré l’étendu de sa science, Panckoucke n’est malheureusement pas capable de nous apprendre ni leurs provenances, ni leurs datations (nous supposons par ailleurs avec une extrême audace qu’il s’agit là de reproductions). Et ce n’est pas faute d’avoir demandé aux étudiant(e)s de la maison. Aucun d’entre eux n’a été capable de nous enseigner quoi que ce soit à leurs sujets.

Quoi qu’il en soit, le tout confère au bâtiment un aspect doucement fantastique. Au détour des différents couloirs et escaliers, on a rapidement la sensation de tourner en rond. « C’est que le bâtiment, intervient Charles-Joseph Panckoucke, conçu par l’architecte Paul Bigot dans les années 20, est construit tout autour de la bibliothèque. Les salles de cours forment une sorte de croûte protectrice du trésor central, la collection de livres. »

Intéressant donc de tenter sa chance. Ouvrir une porte, trouver un escalier de secours, tomber dans une remise poussiéreuse, ou bien sur des sanitaires façon école du début du siècle. Au dernier étage, nous vous conseillons vivement d’entrouvrir la porte de la salle Charles Picard pour vérifier si aucun cours n’y a lieu. Et si c’était le cas, vous pourriez découvrir un bas-relief assez imposant, où les personnages sont représentés quasiment à grandeur nature. Avec un peu d’imagination on se croirait presque au milieu d’un conseil de sages romains ou de je ne sais quel aréopage spartiate. Mais seulement avec de l’imagination, hein.

La note bonus de Panckoucke : En guise de gardien du deuxième étage, une sorte de roi très grand et très maigre.

Faites-vous suivre au passage Cottin

Pour un banlieusard, Paris peut ressembler à une sorte de noyau de gélatine mou. On y entre comme dans une substance. Elle nous accepte, nous rejette, ou nous interdit l’accès. Lorsqu’on y est, rien ne nous dit que l’on pourra en sortir quand on le voudra. Il se peut même qu’on y reste coincé plusieurs heures contre notre gré. Entre minuit et 5 heures du matin, il se trouve en effet que le lien Paris-Banlieue, Noyau-Manteau, Jaune-Blanc (de l’œuf hein) est totalement rompu, la faute à l’arrêt du trafic des RER. Il peut donc arriver au banlieusard, pour tout un tas de raisons, de se retrouver bloqué à Paris en pleine nuit, n’ayant d’autre choix que d’attendre plusieurs heures, dans le noir et le froid, le départ du premier train pour son foyer.

Tout ça pour dire que,  dans ces conditions, m’est avis qu’il vaut mieux se balader dans la ville et lui découvrir un autre visage. C’est que Paris n’est décidément pas une fêtarde. Contrairement à d’autres grandes villes européennes, il y a un moment où la plupart des rues de Paris sont vraiment désertes et silencieuses. Du côté de Montmartre par exemple, je vous garantis qu’à 4 heures du matin, et même en été, il n’y a strictement personne, à part des clochards qui ronflent sur les bancs du parc. En contournant la Basilique, sur son côté droit (à l’est donc), en longeant la rue Lamarck, puis en prenant à droite la rue du Chevalier de la Barre, on tombe sur le passage Cottin. Il s’agit d’un escalier plutôt étroit qui descend sur plusieurs dizaines de mètres, de haut et de long. En l’empruntant, dans le silence le plus complet, on aura le sentiment d’être suivi. Un écho renvoie le bruit de vos pas et vous donne véritablement l’impression (la fatigue aidant) que quelqu’un vous talonne de près ! Et ça ne ressemblait pas aux pas de Panckoucke.

Le Grand Cerf, la Libellule, le Crabe, l’Eléphant et le Tigre de Métal

Tant de bêtes en un si petit endroit. Il y aurait bien de quoi écrire une fable ou deux. Pas tout à fait animées, les bestioles hein. Plutôt faites d’acier et de PVC. Le Grand Cerf, dans son passage accueille une petite faune, insectoïde ou aquatique. Cependant, pas la moindre trace d’un Tigre de Métal dont nous entrons pourtant dans l’année astrologique chinoise ce dimanche. Pour ce sujet, rendez-vous vite dans les rues de Paris pour assister aux différents défilés, dans le 13ème arrondissement à 15 heures ou dans le 3ème arrondissement à 14 heures (toutes les informations ici).

L’ambiance sera ici plus intime, moins festive, sans pétards. Rien de bien folichon quoi. C’est à se demander pourquoi je vous en parle. Non, sans rire, le passage du Grand Cerf qui, m’indique C-J Panckoucke, n’aurait rouvert que depuis une dizaine d’années, vaut le détour, mais mieux vaudrait vous y rendre après avoir assisté aux festivités chinoises. Pourquoi ? Simplement parce que c’est un peu la tanière du chef des animaux, le Grand Cerf. Aucune représentation de la bête, ni l’ombre d’un bois qui dépasse dans la galerie, mais l’on y trouve d’autres formes animales. Libellule chez Cécile Boccara, une petite boutique de bijoux et accessoires. Elle a choisi la libellule car c’est le premier objet qu’elle a fabriqué en s’installant dans le passage. Un artisan marocain a pensé et fabriqué l’enseigne de toutes pièces.

Plus loin, une boutique de perles a choisi un énorme crabe aux pinces bien charnues. « Pour correspondre au thème aquatique » selon les mots de la gérante… Et pour clôturer ce bestiaire, le trophée d’un éléphanteau qui surmonte une échoppe de design, et là, sans aucune raison particulière. Notez enfin que selon l’esprit omniscient de ce cher Panckoucke, un hippopotame occupait également les lieux quelques années plus tôt, avant le départ de la société qui l’hébergeait.

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