Rassemblement de bambous à deux pas de Paris

Tôt ou tard, c’est écrit, chacun d’entre vous se réveillera avec l’envie irrépressible de visiter une forêt de bambous. L’ennui, par chez nous, c’est que le climat ne permet pas ce genre de lubie. Pour patienter, on pourra toujours se rabattre sur un marchand de bambous. Pour cela, descendez à l’arrêt Champigny du RER A et rendez-vous au 9 rue Lafayette, à Saint Maur des Fossés, du mardi au samedi, de 10 heures à 18 heures.

Il s’y trouve ce qu’on pourrait appeler une petite bambouseraie. C’est calme, frais, silencieux, l’eau coule, un vrai petit jardin aux tendances asiatisantes (où les photos sont interdites remarquez). On regretterait presque que l’endroit ne soit pas dans Paris même tant il est agréable d’y déambuler et de s’y poser. Les variétés de bambous (ou Phyllostachys) sont nombreuses et se répartissent le long de petits chemins bucoliques. Si l’envie vous prenait d’ornementer votre balcon d’un ou plusieurs bambous, vous pourriez même vous risquer à en acheter un pot. Demandez conseils à la gérante du jardin. Elle vous apprendra par exemple que les bambous peuvent résister à des températures proches de – 20 °C, ou encore que les plus gros modèles viables en Ile de France culminent à environ 10 mètres de haut pour une épaisseur de 7 à 9 centimètres. Pour choisir son espèce, c’est selon les goûts. Petit, fin, grand, très feuillu, noir, vert ou jaune, les combinaisons sont variées.  Panckoucke m’a confié qu’il préférait le phyllostachys nigra (l’un des plus hauts de notre région et noir). Comptez 46 euros pour les plans les plus modestes et 89 euros pour ceux qui sans entretien atteindront des hauteurs respectables en peu de temps. Plus d’infos ici : Clic!

La note bonus de Panckoucke : Si jamais vous possédiez un petit lopin de terre et que vous voudriez y planter l’une de ces plantes robustes, n’oubliez pas de mettre en place l’obligatoire barrière anti-rhizome. Les racines du bambou, responsables de la multiplication de l’espèce, peuvent en effet devenir très envahissantes.

L’autre note bonus : Une fois coupé, un bambou ne repousse pas.

La Petite Ceinture : de la Porte Dorée aux Buttes Chaumont

Parmi les voies parisiennes, la villa du Bel Air n’est sans doute pas la plus fameuse ni la plus pittoresque. A quelques encablures du  métro Bel Air, ligne 6, dans le 12ème, cette rue confidentielle a pourtant le mérite de nous offrir un accès très simple à la Petite Ceinture, plus simplement appelée « PC ».

« Autrefois voie ferrée périphérique de Paris, la PC est aujourd’hui laissée à l’abandon et interrompue en plusieurs endroits » explique C-J Panckoucke. « Mise en fonction en 1862, fermée au transport de voyageurs en 1934, puis de marchandises dans les années 90, la PC est le premier chemin de fer urbain qu’ait connu Paris » ajoute-t-il.

Pour visiter le tronçon Est de cet ouvrage historique, rendez-vous donc à la villa du Bel Air, via le sentier de la Lieutenance, et, moyennant un peu de souplesse, franchissez la barrière à l’endroit où l’exercice est le plus aisée (la partie la plus au sud). Prenez à droite, vers le nord, et préparez vous à au moins une heure et demi de marche ! Dans des conditions peu aisées. Le revêtement en graviers grossiers fait mal aux pieds et les planches des rails sont trop rapprochées pour permettre une marche naturelle. Vous voilà donc prévenus.

Au-delà de ces aspects techniques, la balade vaut irrémédiablement le coup. En hauteur, la voie nous propose tout d’abord quelques points de vue intéressants sur les rues et les toits parisiens. La promenade est bordée de végétation laissée libre ce qui lui donne un aspect, osons le mot, bucolique. Régulièrement, on est amenés à traverser quelques ponts métalliques qui ne sont plus tout jeunes (même si je doute qu’ils datent réellement du XIXème siècle). Panckoucke conseille d’éviter de traverser sur la taule qui par endroit est vermoulue. Cantonnez-vous à marcher le long des poutrelles d’acier qui, elles, ne risquent pas de céder.

Autrement, sur le chemin, on passe à côté d’un ancien quai consciencieusement tagué ou bien de bâtiments abandonnés et manifestement habités (j’entends de manière salubre). C’est que la PC n’est pas tout à fait vide de monde. Grapheurs, SDF et promeneurs fréquentent l’endroit, et plus particulièrement le samedi. Une fois passé le quai, on passe juste en dessous de la Flèche d’Or avant d’arriver devant le clou du spectacle : un tunnel de plus d’un kilomètre de long ! Autant dire qu’il vaut mieux ne pas avoir peur du noir. Ni des détritus car la galerie est un véritable dépotoir. On distingue des entassements de ferraille emmêlée, des matelas et toutes sortes de mobiliers pourris. S’il fait beau, le chemin est praticable sans lampe car l’obscurité n’est pas totale. Mieux vaut tout de même en avoir une à disposition.

Après ce premier tunnel, préparez-vous à en traverser un deuxième légèrement plus court qui débouchera dans le parc des Buttes Chaumont. Une cinquantaine de mètres après la sortie, sur la gauche, le grillage est découpé et permet de rejoindre l’extérieur en toute simplicité. Le belvédère du parc sera sans doute votre première vision du monde réel. Savourez ensuite le plaisir de connaître quelque chose que les passants ignorent.

La note bonus de Panckoucke : Plus au nord encore, la PC aboutit et s’interrompt au niveau d’entrepôts toujours utilisés.

L’autre note bonus de Panckoucke : L’association pour la protection de la Petite Ceinture de Paris propose une visite de la voie le samedi 18 septembre. Plus d’infos ici : Clic!

Le jardin des tritons sauvages

Un jour ou l’autre, vous passerez (ou repasserez) sans doute parmi les tombes du Père Lachaise. Se faisant, vous aurez peut-être l’occasion de croiser le chemin d’une certaine Agathe Moris. Facile à reconnaître, sa tombe monumentale est gardée par un homme qui tient à la main un marteau, une paire de gants et qui cache sous un revers de son manteau…une tête de chien sans corps ! Suffisamment bizarre pour qu’on s’y attarde un instant et pour y voir un signe. Suivez le regard de notre chère Agathe, descendez l’allée du côté de la tête de chien déprimée. Vous serez tout naturellement guidé vers une sortie discrète du cimetière, qui semble nous mener plus bas encore que les morts. On débouche sur la rue de la Réunion, au 140 de laquelle se trouve sans doute l’un des parcs les plus secrets de la capitale.

Adossé aux murailles australes de la nécropole, ce parc n’a pas de nom, si ce n’est celui de « jardin naturel ». Naturel car sa vocation est de reconstituer un véritable écosystème, végétal et animal. Arrosage et fauchage raisonnés, pas de ramassage des feuilles, tout vit au rythme des saisons pour offrir à toutes sortes de choses vivantes un petit nid très douillet et préservé. On y dénombre cinq milieux naturels propres à notre région : La mare, le sous-bois, la pelouse calcaire sèche, la friche urbaine et la prairie. C’est foutrement calme, silencieux, tout juste les cris lointains d’une école primaire. Toute la végétation semble atténuer les sons. On se sent dans un cocon quoi. Par soleil, le lieu idéal pour travailler ou bouquiner (selon Panckoucke).   Il y a un certain nombre de figuiers et de cerisiers, déjà pourvus en fruits (encore jeunes), ce qui donne  envie d’y repasser en temps voulu pour en croquer quelques uns. Des niches à insectes (guêpes, abeilles, autres trucs ailés) ont été mises en place mais sont complètement désertes. Peut-être que ce n’est pas encore leur saison, ou bien s’agit-il d’une horrible hécatombe (sale époque pour les abeilles il parait). Du côté de la mare (qui, au passage, ne sent pas du tout l’eau stagnante) par contre, ça grouille sec !

Des têtards encore très jeunes pataugent et plus étrange, là où l’eau est peu profonde, des centaines de petits points noirs nagent dans tous les sens (nous n’avons pu déterminer de quoi il s’agissait). Enfin, l’attraction du jardin, quelques vrais tritons sauvages (dits « ponctués ») se dandinent juste sous nos yeux. Panckoucke ne se lassait pas de les voir onduler souplement sous l’eau, et écarter grand les pattes pour s’immobiliser. Faute de moyens techniques, nous ne pouvons vous proposer la moindre photo exploitable des bestioles, il faudra donc y aller par vous-même pour les espionner, et pourquoi pas y revenir pour assister au fil des jours à la croissance des têtards.

Les cent cerisiers du Parc de Sceaux

Les cerisiers sont vraiment des êtres sans surprise. Chaque année, c’est la même chose, ça fleurit à tout va et hop, une semaine plus tard, plus rien. Bon, d’accord je suis un peu dur avec eux. C’est vrai que le moment de la floraison varie selon les années, hein. Tenez, par exemple, cette année, nous sommes un peu en retard, la faute sans doute à un vrai hiver bien froid . Les roses de cerisiers sont en pleine éclosion à l’heure où je vous parle. C’est en tout cas ce qu’elles font au Parc de Sceaux. Vers le sud ouest du parc, il y a deux espaces appelés bosquets, l’un au nord l’autre au sud. Bosquet du Nord, et Bosquet du Sud donc. Chacun est planté d’une cinquantaine d’arbres. Cerisiers roses au nord, cerisiers blancs au sud.

Si je parle du Parc de Sceaux, ce n’est pas tout à fait par hasard. C’est aussi que certaines communautés japonaises vivant à Paris, se rendent dans lesdits bosquets dudit parc pour fêter le Ohanami, comprenez la contemplation des fleurs. Au Japon, cet événement marque plus ou moins le début du printemps, ainsi que la rentrée des classes. En vous y rendant ces jours-ci, vous avez donc quelques chances de rencontrer des japonais en état de semi-captivité en train de pique-niquer et de boire (à titre indicatif, les profs et étudiants de japonais de Paris VII y seront samedi 17 avril, dès midi).

A part ça, nous apprend Charles-Joseph Panckoucke, ce parc est un des plus grands et plus beaux parcs de l’époque moderne dans les Hauts de Seine. Cela lui a rappelé quelques promenades de sa jeunesse. Dès 1670, le domaine est devenu la propriété des Colbert (rappelons que Jean-Baptiste Colbert, qui a donné sa forme plus ou moins actuelle au parc, était contrôleur général des Finances du Roi Soleil). Il est par la suite passé de main en main jusqu’à la Révolution où il est devenu bien national. En 1798, il est racheté, et rasé. C’est en 1835 que le château est reconstruit façon Louis XIII par le Duc de Trévise.

Pour ma part, j’attire votre attention sur une petite série de fontaines vraiment rigolotes disséminées dans le parc, ainsi que sur la vendeuse de frites tout au sud qui remplira plus qu’à ras-bord la dite “petite barquette” à 2 euros, la renforçant à grands coups de papier alu pour que le tout tienne. On en a pour son argent !

La note bonus de Panckoucke : Dans une allée, un pin s’est glissé dans une rangée de marronniers.

Accès : Station Parc de Sceaux, RER B. A 15 minutes de Paris. Un site avec plein d’infos sur le parc et ses monuments, qui visiblement n’en a pas d’officiel.

La Forteresse et la Maison de l’Air

Parmi les parcs méconnus qui méritent absolument le détour, le parc Belleville figure en bonne position. D’abord puisqu’on y trouve en son sein, ce qui se révèle être le meilleur jeu pour enfant qu’il m’ait été donné de voir. Plutôt que jeu, parlons plutôt d’une forteresse qu’il faudrait conquérir. Parce que c’est ni plus ni moins de cela qu’il s’agit. Sur un dénivelé impressionnant, il faudra franchir un rempart, trouver les bons passages, escalader un relief abrupte en utilisant cordages et rondins de bois pour finalement atteindre au sommet, le donjon. Je n’ai pu m’empêcher de me demander qui avait conçu cet ouvrage. Car disons-le, à une époque où l’enfant semble surprotégé, cette forteresse me parait franchement périlleuse. Il y aurait même de quoi se fracturer une ou deux dents suite à un bond mal calculé. Et par ailleurs, je ne vois vraiment pas ce qui pourrait empêcher les enfants d’utiliser l’une des nombreuses meurtrières mises à disposition pour envoyer toutes sortes de projectiles à ceux qui tenteraient l’ascension. Ce n’est pas une critique, hein. Je salue l’artiste, c’est tout. A mon avis, c’est même admirable qu’on propose enfin aux enfants un jeu digne de ce nom qui ne les prenne pas pour des demeurés.

Pendant que je m’amusais à découvrir les tuyauteries du fort, Panckoucke était parti du côté de l’audacieusement baptisée « Maison de l’Air ». Rien d’autre qu’une petite exposition permanente consacrée à l’air, donc. Très pédagogique, foutrement interactive, sans doute très intéressante pour toutes sortes d’enfants. Pour les grands dadais de votre espèce, ça ne fait pas de mal non plus d’y faire un tour, d’autant que la visite est strictement gratuite. A part ça, du fait de son fort dénivelé, le parc offre un bon point de vue sur la capitale. Sauf que, lorsque nous nous y sommes rendus, nous étions en hiver et, ce jour-là, Paris était recouverte d’une étrange et très légère couche de brume. Ce qui rendait la lumière très blanche. Autre effet de la saison, les fontaines et chutes d’eau qui s’échelonnent du sommet jusqu’en bas étaient désactivées. On ne peut donc que supposer que regarder tout ça dégringoler à travers une petite forêt de bambous est sans doute plaisant. Avec l’arrivée de jours autrement plus cléments, il n’y a vraiment plus rien qui pourrait vous dissuader de venir vous détendre dans ce chouette et riche en végétaux parc. C’est dit.

Accès : Depuis le métro Couronnes (ligne 2), suivre la rue des Couronnes jusqu’au parc.

La vidéo bonus de Panckoucke : Un clip des Romanesques, deux artistes japonais qui aiment bien Paris et qui gigotent ici au sein du dit parc.


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