Des oiseaux exotiques s’exhibent sur l’île de la Cité

Goutelettes argentées, ruficaudas, bichenows ou encore perruches omnicolores rubino ne sont pas les noms des tout derniers sorbets à la mode. A becs et à plumes colorées, tous ces volatiles peuvent être rencontrés place Louis Lépine, chaque dimanche, sur l’île de la Cité, là où le reste de la semaine se tient le plus connu marché aux fleurs.

Ce marché n’est ni plus ni moins qu’une vaste animalerie à ciel ouvert consacrée aux oiseaux. On y trouve toutes sortes d’étals plus ou moins fournis. Cages où gigotent et piaillent les bestioles, énormes sacs de graines de toutes sortes, il y a à peu près tout ce dont peu rêver un passionné de canaris ou de perruches. On retrouve quelques habitués (et notamment des gitans qui culturellement s’y connaissent pas mal en canari). Certains ornithophiles se promènent avec leur propre cage. D’autres, plus louches, tentent de vendre leurs deux ou trois piafs sur le trottoir.

En tout cas, pour les intéressés, il y a des espèces assez peu courantes, comme par exemple des magnifiques diamants de gould aux couleurs surréalistes. Si jamais il vous prenait l’envie d’offrir un cadeau empoisonné à une personne que vous n’aimeriez pas vraiment, rien ne vous empêcherait d’acquérir une stupide perruche pour seulement 8 euros et de la lui refourguer bien sournoisement. Par contre pour un diamant de bichenow, comptez plutôt 45 euros, et même 130 euros pour une perruche rubino.

Quand il s’agit de canaris (en moyenne 25 euros), il ne faut pas non plus faire n’importe quoi. N’allez surtout pas faire cohabiter un malinois avec un mulet par exemple. Le premier perdrait son chant spécifique en imitant le chant du dernier. Pour toutes informations supplémentaires, les vendeurs sont évidemment là pour vous renseigner. Et si l’envie vous prenait, vous pourriez même jeter un petit coup d’œil aux rongeurs et aux furets qui se trouvent au bout de la galerie. Puis, avec une extrême audace, caresser quelques lapins amorphes.

Pieuvre ou Poulpe?

Petite revue animalière en passant. Pas de lion, ni de dragon ni de cheval ailé aux muscles saillants. L’animal abordé ici est bien moins courant sur les façades parisiennes que ses congénères mythologiques. Il s’agit ici d’une simple pieuvre. Ou bien est-ce un poulpe ?

C’est en passant au 195 de la rue Saint-Jacques (Vème), à l’Institut océanographique de Paris que l’on peut rencontrer cet invertébré tentaculaire, intelligent, et à certains égards attendrissant. Panckoucke m’apprend que c’est Albert Ier, prince de Monaco et passionné par la mer, qui en 1906 a engagé la fondation de cet institut, véritable centre d’enseignement, de recherche, mais aussi d’exposition.

D’ailleurs, si nous n’avons pu trouver le temps de visiter le Centre de la mer qui s’y trouve, nous comptons bien y retourner dès que possible. Quelques aquariums tropicaux, des projections de documentaires, des animations pour enfants, mais surtout, et c’est là que ça nous intéresse, une petite collection de méduses (vivantes). Compte-rendu à suivre donc.

La note bonus de Panckoucke : Autour du mollusque à tentacules, visez bien l’auréole de bulots et de saint-jacques.

L’autre note bonus de Panckoucke : Avant d’être cuisiné, le poulpe (ou la pieuvre) doit être bien battu. Question d’élasticité.

Le lien bonus : Le site de l’institut, pour en savoir plus sur son histoire, et pour avoir toutes les informations pratiques concernant le Centre de la mer. Clic !

photo du haut tirée de “Les animaux de Paris, Monique Main et Françoise Perreaux” (via linternaute.com)

Le jardin des tritons sauvages

Un jour ou l’autre, vous passerez (ou repasserez) sans doute parmi les tombes du Père Lachaise. Se faisant, vous aurez peut-être l’occasion de croiser le chemin d’une certaine Agathe Moris. Facile à reconnaître, sa tombe monumentale est gardée par un homme qui tient à la main un marteau, une paire de gants et qui cache sous un revers de son manteau…une tête de chien sans corps ! Suffisamment bizarre pour qu’on s’y attarde un instant et pour y voir un signe. Suivez le regard de notre chère Agathe, descendez l’allée du côté de la tête de chien déprimée. Vous serez tout naturellement guidé vers une sortie discrète du cimetière, qui semble nous mener plus bas encore que les morts. On débouche sur la rue de la Réunion, au 140 de laquelle se trouve sans doute l’un des parcs les plus secrets de la capitale.

Adossé aux murailles australes de la nécropole, ce parc n’a pas de nom, si ce n’est celui de « jardin naturel ». Naturel car sa vocation est de reconstituer un véritable écosystème, végétal et animal. Arrosage et fauchage raisonnés, pas de ramassage des feuilles, tout vit au rythme des saisons pour offrir à toutes sortes de choses vivantes un petit nid très douillet et préservé. On y dénombre cinq milieux naturels propres à notre région : La mare, le sous-bois, la pelouse calcaire sèche, la friche urbaine et la prairie. C’est foutrement calme, silencieux, tout juste les cris lointains d’une école primaire. Toute la végétation semble atténuer les sons. On se sent dans un cocon quoi. Par soleil, le lieu idéal pour travailler ou bouquiner (selon Panckoucke).   Il y a un certain nombre de figuiers et de cerisiers, déjà pourvus en fruits (encore jeunes), ce qui donne  envie d’y repasser en temps voulu pour en croquer quelques uns. Des niches à insectes (guêpes, abeilles, autres trucs ailés) ont été mises en place mais sont complètement désertes. Peut-être que ce n’est pas encore leur saison, ou bien s’agit-il d’une horrible hécatombe (sale époque pour les abeilles il parait). Du côté de la mare (qui, au passage, ne sent pas du tout l’eau stagnante) par contre, ça grouille sec !

Des têtards encore très jeunes pataugent et plus étrange, là où l’eau est peu profonde, des centaines de petits points noirs nagent dans tous les sens (nous n’avons pu déterminer de quoi il s’agissait). Enfin, l’attraction du jardin, quelques vrais tritons sauvages (dits « ponctués ») se dandinent juste sous nos yeux. Panckoucke ne se lassait pas de les voir onduler souplement sous l’eau, et écarter grand les pattes pour s’immobiliser. Faute de moyens techniques, nous ne pouvons vous proposer la moindre photo exploitable des bestioles, il faudra donc y aller par vous-même pour les espionner, et pourquoi pas y revenir pour assister au fil des jours à la croissance des têtards.

83 ans plus tôt, les chats existaient déjà

Au croisement des rues Paul Albert, Muller, et Maurice Utrillo, se trouve une des entrées de l’ex-square Willette rebaptisé Louise Michel en 2004. Célèbre square qui s’étend devant le Sacré Cœur sur la butte Montmartre. Si l’on prend cette entrée, on trouve tout de suite sur sa droite un escalier de béton dont les motifs (très courants dans les parcs parisiens) imitent le bois. En gravissant les premières marches, le promeneur tombera rapidement sur une série d’empreintes de chat, et, si je ne m’abuse, celles d’un petit chien qui ont malencontreusement marché dans le ciment frais. L’escalier, qui fut donc sans doute construit en même temps que le parc, en 1927 (un an après la mort d’Adolphe Léon Willette), est la preuve qu’à ce moment là, les chats et les petits chiens existaient déjà.

Voilà. Je dois avouer que l’idée de voir les traces d’un chat et d’un petit chien potentiellement vieux de 83 ans me paraissait intéressante sur le moment, mais maintenant que je l’exprime par écrit, cela me paraît sans intérêt ! J’en profiterai donc pour préciser gratuitement (car on ne le fait jamais assez) que les chats sont des imposteurs, infiniment moins intelligents qu’ils n’en ont l’air. Le plus déprimant avec ces créatures détestables, étant qu’on ne peut rien leur apprendre. Et en plus, ils sont snobs.

Façade Porcine à Mouffetard

S’il y a bien une rue de Paris où l’on peut renifler des relents de cochonnaille à plein nasaux, c’est le long de la célèbre et touristique rue Mouffetard. A éviter donc si l’on n’a pas un sou en poche et un sérieux creux à l’estomac. La voie, qui, d’après C-J Panckoucke, prend ses origines au premier siècle après notre ère, en pleine période romaine, prend racine à l’église Saint-Médard, et monte se perdre sur la Montagne Sainte-Geneviève (dont les étrangetés qui y ont cours nous ont été démontrées récemment).

Restons en bas pour ce coup-ci. Sur la petite placette au pied de l’église, un marché permanent a lieu. En face, au 134, une façade détonne. Je l’ai appelé personnellement, « la façade porcine ». Puisqu’on y trouve à la fois un porc bien plein, un sanglier, et que par-dessus tout, le champ lexical du cochon est à mon sens percutant. Ça interloque quoi. Panckoucke préfère « la façade aux gibiers ». C’est sûr qu’il est dans tous les cas question de viande. Cette grande fresque, réalisée par un certain Eldi Gueldi, a été commandée par une charcuterie en 1929. La charcuterie Facchetti qui visiblement a fermé boutique. C’est malgré tout toujours un traiteur italien qui occupe l’endroit.

Quoi qu’il en soit, on peut y admirer toutes sortes d’animaux. Des porcs donc, mais aussi cerfchèvre et volailles en tout genre. Le tout dans les entrelacs fleuris et céréaliers qui pourraient correspondre à un style absolument indéterminé. Nous ne sommes pas des spécialistes. Au premier étage, des personnages s’adonnent à des activités rurales. Voilà.

Le lien bonus de Panckoucke : Pour vraiment approfondir sur l’histoire du quartier, réservé aux intéressés et aux amateurs de textes secs. Clic!

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